Les techniques ancestrales

 

 

                    Les techniques des Hortillons ont bien changé dans ce dernier siècle à tel point qu’ils ne se nomment plus que maraîchers. Cependant des traces et autres vestiges réapparaissent lors de la fête du marché sur l’eau par exemple ou lors d’initiatives individuelles. Et puis c’est toujours intéressant de savoir comment nos aïeux se débrouillaient à l’époque, de bons bras étant bien sûr plus que nécessaire.

 

            Qu’il est bieu min batieu! , la Barque à Cornets

 

Hortillons à la Neuville

Les véritables barques à cornets

histoire-hortillonnages

En balade et à la pêche

              Tout d’abord, cher visiteur ne soyez pas déçu, la vérité étant souvent amère, les barques de la Maison des Hortillonnages qui drainent les 115000 visiteurs par an ne sont pas des barques à cornets. Ce sont des répliques en bois d’Iroko ou de Niangon. Bien faîtes tout de même mais réalisés non par des Amiénois mais par les établissements Deloison, des valéricains de la baie de Somme. Mais ne soyez pas chagrinés, les authentiques barques sont juste sous le pont Beauvillé. Allez admirer leurs profilés et par chance peut-être vous assisterez à leurs descentes une fois dans l’année, le 3ème dimanche de juin. On peut dire qu’un hortillon sans une barque n’est plus un hortillon tellement cet outil lui était précieux. Etait car les hortillons ont bien disparus, ce sont quelques maraîchers qui restent aujourd’hui.

Dimensions des barques

Les Dimensions d’un batieu

Cette barque souvent en chêne, longue de 10 m pour 1m60 au plus large et une élevation d’une 50 cm parfois plus n’a pas toujours été celle que vous observerez de nos jours. En effet en 1784, les cornets c’est-à-dire les extrémités sont de même longueur, pointus, élevés par rapport à la ligne de flottaison mais surtout pontés. Celui de derrière est muni d’une cheville verticale à crosse destinée à maintenir une longue rame servant de gouvernail.

Atelier

Les barques à l’entrée d’Amiens

C’est la construction du canal qui a fait que le gouvernail est devenu inutile. Le gouvernail est alors remplacé par une pelle en bois, que son pilote, assis sur le bout du cornet manie lors de la descente de la Somme, puis avec le temps seul la perche servira à faire l’ensemble du transport, du rieu au fleuve tranquille.Quand au ponton, on suggère qu’ils ont disparu par l’élevation nécessaire d’un des cornets qui épousent les pente des aires ( des parcelles).

 

Barque au chargement

L’embarquement des légumes,allez à aires

Bien sûr cette barque avait un anneau car il fallait bien la remonter à contre courant via le chemin de halage, faisant la célébrité d’un certain Sans Bras, bien que les hortillons n’en manquaient pas. Ils leurs arrivaient aussi de la couler hiver. Submergée d’eau elle se conservait mieux paraît – il. On ne transportait pas que des mannes de légumes avec, mais aussi des tonnes de foen, c’est-à-dire de fumier. Et puis çà arrivait qu’on faisait des visites avec de grandes perches et des draps, ou qu’on allait ach pèke et mieux qu’on faisait des joutes. Bref un hortillon sans sa barque, c’est un peu comme un cavalier sans son cheval.

D’ailleurs les hortillons ne faisaient pas leurs barques eux-mêmes. Les ateliers étaient présents mais les « naveliers » existaient déjà au XVème siècle dont un vestige reste, le sceau en plomb sur le pignon du restaurant les Marissons à Saint Leu. C’est dans cette établissement même que la dernière barque a été commandée en 1954. Ces anciens employés de la SNCF reconvertis en menuisiers mettaient plusieurs membres de leur équipe pour 3 semaines d’ouvrage mais il fabrique surtout à l’époque des boulangères et charbonnières. Un autre atelier était placé juste en face du premier, à la rue d’Engoulvent, ou au XIVème siècle, celui de Jean de Crouy puis Jean aux Arondes pris sa suite en 1581. Malheureusement aujourd’hui, aucune trace n’en subsiste.

Préservons ces précieuses barques et ne les transformons en vulgaire bac à fleurs pourrissantes, non mais.

 

           De pentes à l’ancienne au curage traditionnel des rieux

La drague à Main

Le louchet outil pour faire les pentes à l’ancienne

              L’ envasement de nos chers petits ilôts a toujours été la crainte, avec les inondations, de nos fameux jardiniers professionnels. Les berges de maintenant feraient honte aux hortillons de 1900, ou pourraient – ils accoster ? De côté non, la pente est obligatoire. Et oui tandis que nous observons des berges en angle droit de tout matériau parfois, cela n’a pas toujours étaient ainsi. Faire des pentes étaient un art, un geste séculaire pour garder sa terre, l’enrichir et la maintenir à niveau à tel point que parfois la hauteur de la terre était facteur de richesse ( régulation d’eau oblige).  Cette méthode était faîte en hiver, la période de repos des hortillons ou le matériel et la préparation de la saison suivante se faisait à un rythme moins soutenu qu’en été.

  1. Tout d’abord utiliser une drague à main et remonter la vase du fond des rieux ou fossés
  2. Puis laisser pendant une journée la vase perdre son eau
  3. Puis le lendemain on prenait une batte ( ici le dos d’une bêche) pour plaquer la berge. La battre permettait de la faire coller.
  4. Puis la finition le lissage. Puis il n’y a pas qu’en fleurir sa berge pour un résultat des plus esthétiques. Bien sûr les hortillons étaient trop occupés pour en planter mais ces efforts très physiques permet  un résultat des plus esthétiques en juin.

Toutes les photos ont été prise par Pascal et son équipe au Jardin des Vertueux, une très bonne adresse dans le site.

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Ch’Hortillon sur tch’Aire, cultiver à l’époque

Ce n’est pas parce que vous êtes sur les hortillonnages que les maraîchers d’aujourd’hui ne traitent pas leurs légumes (sauf un qui est en label bio) mais heureusement les traitements sont beaucoup moins fréquents et le goût est toujours sans pareil. Ce goût qui permet de défendre « les cho légumes des hortillons », leur label.

Cependant à l’époque, déjà les hortillons engraissaient leurs terres en abondance grâce aux ports à fumiers de Camon, de la Neuville, de Rivery. On y ajoutait le fumier de cheval bien sûr mais surtout une mixture provenant de la culture des champignons en carrière appelé le fumier des corps de meule. C’est grâce au chemin de fer que les champignonnières de l’Oise les approvisionnaient. Puis ce sont les engrais chimiques, plus économiques qui ont repris le flambeau.

Un autre outil ch’écueupe, une longue perche en forme de demi gouttière était utilisée pour pouvoir arroser ses légumes directement par les rieux.

Après avoir ramassé ses récoltes, l’hortillon les laver dans son puchoir, un hangar aménagé spécialement à cet usage et les placer dans des mannes ( chés mandes) pour les vendre au marché sur l’eau. On dit que c’est sur l’Ile aux fagots maintenant un centre éducatif que les hortillonnes avec l’habitude de les confectionner entre elles

 

                   Chés Tireux de Troubes ou l’Or des Marais

 

Tourbier moderne

Les différentes étapes

A côté des légumes, un besoin se fait de plus en plus pressant, celle de la demande d’une accumulation de végétaux compactée en profondeur. C’est bien grâce à ces pains de terre noires que de la vallée de la Somme se transforma en vaste étendue d’eau pour satisfaire une révolution industrielle toujours plus énergivore. Déjà extraite au Moyen – Age, 4 sortes de tourbes étaient présentes

  • Le bouzin est la tourbe de surface de formation récente qui était de mauvaise qualité.

    tourbe Camon

    Une famille de tourbier

  • La tourbe grise, contenant une grande quantité de calcaire, était brûlée et ses cendres servaient d’engrais.
  • La tourbe brune, contenant la moitié de son volume en grains de calcaire, étaient dites  » mousseuse « .Lorsqu’elle contenait de nombreux débris de branches, elle étaient appelée tourbe bocagère.
  • La tourbe noire, compacte, avaient l’aspect d’une pâte consistante.(Leblond et Brohard, 1992). Plus économique que le bois, c’est elle que l’on brûlait en abondance.

Cette précieuse denrée servait entre autres à soigner les animaux blessés comme litière antiseptique ou pour les teinturiers et les imprimeurs d’étoffes qui en brûlaient de grandes quantités au XVIIIe siècle.

 

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Le grand louchet de François Morel

Extraction brique de tourbe

L’extraction de la tourbe à l’ancienne

Ainsi pendant très longtemps, on utilisait le loucher qui ne permit d’exploiter au maximum que le septième de la quantité de tourbe déposée au fond des eaux. Cette situation perdura jusqu’à ce qu’un picard, Eloi Morel invente en 1786 « le grand louchet » de 7m et au bord de 75 cm pour en exploiter pleinement cette manne très lucrative à des profondeurs variant de 5m à 5m50 et dont certains gisement pouvait atteindre 12m tout de même. Dans la Somme, en 1902 on dénombre alors près de 234 tourbières particulières et 39 communales qui inclurent bien sûr les communes d’Amiens, Rivery et Camon. C’est dans ces communes que chés intailleux (les tourbiers de l’époque) faisaient des « intailles » ou grands étangs et façonnèrent l’Etang de Clermont,, de Rivery et de Saint-Pierre. A Camon un appareil fût même acheté pour les asphyxiés  par immersion pour être placé à proximité des tourbages communaux, en cas d’accident  dans leur exploitation.

2 Commentaires

  1. Viroulet jj

    Nous avons trouvé une grande bêche de 0,50m de hauteur, lors d’une fouille archéologique, dans une couche strati du premier siècle Apjc (Epoque gallo-romaine). Pouvez vous me renseigner sur l’utilisation du luchet ou louchet dans les pratiques culturales. Merci salutations cordiales j@j@v

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    1. Nicolas (Auteur de l'article)

      Soyons honnêtes, nous n’avons pas la pièce sous les yeux. Cependant à une époque reculée
      , plusieurs outils étaient utilisés pour travailler les berges comme le louchet pour extraire de la vase et au-delà la tourbe. Mais aussi la « batte » pour tasser les pieds de berge en terre plaquée. Votre outil est peut-être en lien avec l’un des deux, voir les deux.

      A une époque plus contemporaine sont apparus le grand louchet, puis la drague, une pelle articulée très pratique mais c’est hors sujet à priori.

      Nous vous recommandons vivement de contacter le centre archéologique de Ribémont sur Ancre au 03.60.01.53.50 pour plus de précisions ou d’aller voir leur site web.Toutefois si vous avez plus de renseignements sur votre objet, n’hésitez pas à nous recontacter. Cela pourrait faire matière à un prochain article. Bonne année à vous.

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