L’Histoire de ses origines à maintenant

 

 

Les armoieries Hortillonnages

Une armoirie hortilllonne « De sable, (couleur noire) à la fasce dentelée d’argent »

 Accomplir une juste histoire du site est complexe et nous essayons de nous baser sur des documents d’archives et d’autres. Malheureusement, nous constatons souvent des erreurs sur les dépliants et autre articles écrits par des non –spécialistes. Mais l’intention de cette histoire des hortillonnages est d’en réunir le meilleur en tendant vers ces 3 exigences : vérité, accessibilité et gratuité.Pour comprendre au mieux les origines des Hortillonnages, deux lieux reviennent sans cesse : la Somme et Amiens. C’est dans ce trio que nous vous ferons découvrir la naissance de ce lieu si particulier jusqu’à nos jours.

 

 

Quand la Somme apparut

 

Le territoire des Ambianis

Avant l’invasion des romains, le territoire des Ambianis. Noter que la baie de Somme était alors bien plus vaste

fonctionnement hydrologique de la Somme

Le creusement géologique de la Somme

La long « fleuve tranquille » étymologiquement devenu Samara, puis la Somme a pris naissance il y a près de 1 million d’années. Cette époque pour nous est bien lointaine mais durant tout ce temps, son lit a été creusé soigneusement en terrasses pour devenir le mince filet d’eau qu’il est maintenant de 35m3/s sur 200 km de long tout de même. Berceau de l’archéologie, les fouilles archéologiques actuelles nous permettent de supposer que les premiers peuplements de ce qui fut l’homme jadis, se trouvaient dans nos régions comme en témoigne les grandes quantités de biface retrouvées à Saint-Acheul près d’Amiens. Ainsi l’évolution faisant son chemin, ce sont ces celtes appelés les Ambianis qui peuplèrent toute sa vallée de son embouchure à ses principaux affluents. C’est ainsi que d’importants lieux sacrés gaulois tel que celui de Ribémont sur Ancre furent découvert jusqu’à un envahisseur méridional bien connu vienne imposer ses lois, sa culture et ses dieux.

 

La naissance supposé des « rieux » dans l’Amiens gallo – Romain

 

Samarobriva

Le confort de « Samarobriva » l’ancien Amiens avec ses thermes, son forum et ses arènes

Déjà réputé pour leur haut degré de civilisation ( des pièces d’ors étaient déjà frappés à l’époque), les Ambianis se voient contraint d’accepter la présence d’un certain Jules César en 54 av.JC. Mais le camp militaire n’est pas choisi par hasard. Le Pont sur la Somme, Samarobriva est choisi pour son passage à gué aisé, l’opulence de ces terres environnantes et surtout comme axe majeure pour étendre l’expansion de l’empire romain vers la Bretagne. En effet La Somme est la seule artère naviguable vers la Manche.

Dans un premier temps, il faudra mâter les multiples vagues d’insurrection mais déjà 40 plus tard, c’est le quadrillage romain et son confort qui s’imposeront le tout relié par le réseau Agrippa, les fameuses voies romaines. Des Ambianis vivront à Samarobriva, et un à deux siècles plus tard c’est le forum, l’amphithéâtre et les thermes qui s’érigeront.

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Des expositions régulières de cette période au musée de Picardie

C’est sur des marais fertiles, qu’on peut même commencer à envisager l’hypothèse que les Romains aidés des Celtes ou leurs successeurs ont commencé à apprivoiser l’amont de la cité pour creuser ces petits canaux ou « rieux » à la main. Cela peut être envisagé car Samarobriva était à l’époque un centre urbain plus important que Lutèce ou Londres. En effet, les Romains utilisaient déjà ce type de site pour la production des fruits et des légumes destinés à l’approvisionnement exclusif et immédiat de la ville en produits frais tout en bénéficiant d’un débit lent et régulier. Les Hortillonnages proviendrait d’« hortus » ou mieux « hortellus » qui signifient « petits jardins ». Du latin au picard et vu l’enthousiasme et l’habileté romaine dans le génie civil, cela est vraisemblable. C’est ainsi qu’en fondant un cadre d’une grande fertilité, Samarobriva aurait prospéré sur cet emplacement privilégié.

 

 

L’obscure haut moyen – âge

 

Auxerre_-_Saint-Germain_-_Saint-Fiacre

saint Fiacre, patron des jardiniers

C’est dans cette brume historique que simultanément, le christianisme progresse. La tradition place au IVe siècle le martyre de saint Firmin, premier évêque d’Amiens, et la charité de saint Martin. Entre 859 et 925, l’ancien castrum est incendié et pillé quatre fois par les Normands, puis disputé pendant un siècle par

les hommes d’armes des princes flamands et des Robertiens. Nous avons traces d’un n inventaire effectué au IXe siècle par Charlemagne, qui montre une Picardie extrêmement pauvre alors.On suppose aussi très bien la célébration de Saint Fiacre patron des jardiniers et des horticulteurs à partir 7ème siècle et au-delà par les maraîchers des hortillonnages

 

 

 

Enfin les hortillonnages se décrivent

 

artichaut

Les fameuses gravures à l’origine de la légende

La vie économique renaît après l’an mille, près des moulins construits sur les bras d’eau de la Somme et le long du chemin de l’Eau, d’où repartent les lourdes barques chargées de blé. On imagine très bien alors des « barques à cornets » ravitaillant ses habitants, mais les fouilles n’en ont laissé aucun indice. Mais c’est encore après une période de troubles qu’enfin la paix s’installe à nouveau au XIII ème siècle. On raconte alors la légende d’un couple de pieux hortillons qui auraient cédé une parcelle d’artichauts pour ériger la fameuse Cathédrale. (vous pouvez les voir grossièrement sculpté à l’intérieur de l’édifice) .La première trace économique des Hortillonnages se situe vers 1225-1250 où la politique de l’époque, après la mise en place de l’assolement triennal, fût un renforcement des terres amphibies, par un apport de terre, le colmatage, le drainage, et la lutte contre les rongeurs. On retrouve dans les archives des documents écrits concernant des transactions ; certaines sont d’ailleurs antérieures au XII ème siècle, elles attestent le fait qu’elles étaient cultivées pour la production de légumes. C’est également à cette époque que le quartier Saint Leu se construit.  A cette époque, Amiens compte parmi les plus grandes villes du Royaume : elle a 10 à 15 000 habitants.C’est également durant cette période que le chapitre de la Cathédrale d’ Amiens accorde aux villages de Camon et de la Neuville de larges franchises municipales qui permirent aux habitants de cultiver les hortillonnages.

Emblème officeux de Hortillons

La ville connaît au XIIIe siècle un véritable âge d’or, dont témoigne la cathédrale.Sa prospérité repose sur la fabrication des draps et la teinturerie à Saint-Leu, le commerce des céréales et des vins avec la Flandre et Paris. Cependant, l’activité la plus lucrative est le négoce de la waide ou guède, plante crucifère cultivée sur les sols calcaires de l’Amiénois. Pilées dans les moulins en amont de la Somme, ses feuilles donnent un pastel bleu pers, très recherché pour la teinture des étoffes et expédié vers la Flandre, l’Angleterre et l’Allemagne.( actuellement c’est à « l’atelier des couleurs » de Meharicourt ou son savoir-faire est préservé ).

Les hortillonnages 1542

Copie original du parchemin de 1542. A lire à l’envers.

On estime les hortillonnages à près de 1500 ha alors.

L’importance économique du site des Hortillonnages est démontrée en 1492, lorsque les Hortillons obtinrent du Maïeur (Le maire) alors en pleine guerre, l’autorisation exceptionnelle de venir vendre leurs produits à Amiens en passant par le pont du Cange fermé et qui fût ouvert pour leur permettre d’entrer dans la ville (Bergeron,1984). C’est également à cette époque que la poésie du site émeut l’intriguant Louis XI qui la surnomme la « petite Venise du nord ».

La première représentation de la ville d’Amiens et du cours de la Somme remonte en 1542 par un plan sur parchemin colorié attribué à Zacharie de Célers qui était un topographe et un peintre de la confrérie de Saint Luc d’Amiens (Carte 3). Il s’agit d’une représentation vue probablement des hauteurs de Camon, village d’hortillons ou nous pouvons apercevoir le système complexe d’écluses du quartier Saint Leu procurant au moulin la force motrice nécessaire. De plus, la ville d’Amiens est protégée des inondations fréquentes dans la vallée et des envahisseurs par des murailles. Nous pouvons apercevoir le réseau complexe des rieux ainsi que les Gribanes et les bateaux à voile sillonnant le fleuve, chargeant leurs marchandises dans le port très actif d’Amiens et repartant par la suite vers la baie de la Somme afin de regagner la mer.

 

La communauté des Hortillons s’affirme

 

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Une carte plus précise des hortillonnages début 18 ème

C’est en 1636 qu’à défaut de corporation,  les Hortillons formèrent une communauté avec à sa tête « un capitaine » et ses « lieutenants «  qui répartit les impôts au roi et la dîme aux moines de Saint Acheul et autres corvées de charges, faucardement des rieux, curage etc.. .Elle soutient alors un « fameux » procès contre le Chapitre de la Cathédrale au sujet de la dîme à payer sur les aires. Le 14 août 1666, par arrêt du Parlement, les Hortillons sont condamnés à payer, avec l’arriéré, une dîme en nature ou à leur choix de 600 livres. Les frais du procès, qui a duré 30 ans, s’élèvent à 1218 livres avec les intérêts. Cette dîme fut par la suite payée et supprimée à la Révolution de 1789.

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L’hortillonne et sa barque sous le Pont de Cange

Les Hortillons apportaient là leurs « herbes » (légumes) le plus près possible du marché « aux herbes ».Les Hortillons devaient alors être les uniques fournisseurs en légumes et fruits de l’agglomération.C’est ainsi qu’une éloge est faîte en 1651, la publication dans « le jardinier français » de Bonnefond « les hortillons picards méritèrent l’honneur d’être appelés les plus fameux jardiniers de toutes les provinces de France »

Atelier

A la chute D’Amiens, vu des ateliers

C’est aussi à cette époque que la Somme fait des siennes: c’est alors que les quartiers Saint-Leu et Saint Sulpice sont sous les eaux en 1718. Mais sur une longue période cela n’a rien d’étonnant car une c’est déjà une dizaine d’inondations qui furent répertoriées entre 1408 et 1716. Pendant de nombreux siècles et ce, depuis l’arrivée des moulins au Moyen Age, la vallée de la Somme fût le théâtre de nombreuses inondations catastrophiques liées le plus souvent à la mauvaise gestion du cour de la Somme. Entre autres , les conflits d’intérêts entre les meuniers qui voulaient stocker l’eau pour faire tourner leurs moulins et les nombreux pisciculteurs de la vallée qui voyaient leurs étangs de pêche inondés et leur production partir dans le fleuve. En 1762, la communauté des hortillons n’étaient que de 47 membres et n’affichaient ni statut, ni revenus, ni maîtrise, ni bannière. A nouveau la Somme fait parler d’elle, par une carte de 1772 qui représente le faubourg Saint Pierre sous les eaux depuis deux ans. Bien sûr ne parlons pas des hortillons qui furent dans l’impossibilité de vendre dès lors leurs légumes.

Atelier hortillon

Le pignon des Marissons, maintenant un restaurant datant du 15ème siècle

C’est en 1784, qu’on vérifie l’apparition du bateau à cornets, de ch’batieu en picard, de 9 à 10 m et qui permettait de transporter jusqu’à une tonne de légumes, et plus de fumier, plus adéquats pour  passer dans les minces fossés et d’accoster sur les aires (les terrains).Par le passé déjà, la ville d’Amiens, enfermée dans ses murailles jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, n’était pas facile d’accès pour ceux qui l’approvisionnaient en légumes, et il fallut attendre l’ouverture d’une porte, la porte de la voirie, pour que les hortillons puissent accéder aux marchés de la ville autrement qu’en barque. Avant cette ouverture, une seule faille traversait l’épaisse muraille, le canal du Hocquet. Ce bras de l’Avre était fermé par une grosse chaîne que l’on tirait quelques heures par jour seulement, il fallait aussi s’acquitter d’un droit de passage, l’octroi, pour mener sa barque jusqu’au marché de la place de Don. La ville prisonnière de ses murailles, rendait bien laborieuse l’entrée de ces hommes et femmes venus la nourrir.

 

Le « Progrès » des révolutions industrielles

 

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Plan de l’ouest des hortillonnages en 1858

C’est à partir du 19 ème siècle que la capitale picarde s’étend et abandonne ses murailles. De grands travaux ont alors lieu comme la canalisation de la Somme en 1928 et la coupure du site des hortillonnages par l’achèvement du chemin de fer au niveau de Longueau en 1840. Mais cela n’empêche en rien une inondation très spectaculaire est à nouveau lieu en 1841 où le niveau d’eau le plus haut atteint est gravé sur une dalle de l’église de Camon. Les hortillons traversaient leurs aires en barque au niveau de la cime des arbres, dit-on.Quoi qu’il en soit c’est en 1859, qu’un premier syndicat sera crée pour reprendre  le travail des moines quand à l’entretien des rieux mais cette intiative ne durera que 4 ans.

C’est aussi l’époque dans les hortillonnages ou le grand louchet inventé par Eloi Morel en 1786 se mania à tout va. C’est cet outil qui a permis l’extraction de la tourbe jusqu’à une profondeur de 7 mètres, comme le montre la présence du pré du gouverneur, les marais d’Hecquet et de la Herde et les nombreux petits étangs garantissant l’enrichissement de nombreux propriétaires du site pour en faire des engrais ou de chauffage

C’est progressivement que l’arrivée du charbon du chemin de fer mit fin au massacre de la vallée. Avec ces usines de chaussure, l’industrie alimentaire et son industrie lourde, Amiens avec sa démographie galopante s’agrandit à nouveaux avec ces grands boulevards construits juste après la guerre contre la Prusse en 1870-71.

Les Hortillonnages joli jeu

Retour au bercail pour ces deux hortillons

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C’est en 1875 que la place Parmentier fut crée

On peut dire qu’en cette fin de 19ème début 20ème, cette période s’affiche comme la plus glorieuses des Hortillonnages. Avant 1884, la vente des « herbes » se faisaient le long de la rue des Poirées, (c’est-à-dure rue Fernel) et pour les herbacées, le long du Don , sur la place des Huchers, et dans la rue des Rinchevaux jusqu’à la chaussée Saint-Leu pour les autres légumes.Maintenant son emplacement a lieu place Parmentier et Port d’Amont séparé par le traditionnel Pont de cange. C’est à la belle époque que les ginguettes Du Pré Porus, du Vert Galant, Ach Coucou eurent beaucoup de succès et que beaucoup d’hortillons s’initiaient au canotage les visiteurs pour 25 centimes le tout haubanés de perches et de draps blancs le long du chemin de halage.Ces circonstances font que la culture des légumes s’en porte à merveille comme le décrit très bien Thomas Rattel , un pharmacien « La culture maraîchère fait aujourd’hui de grands progrès. Les bonnes espèces et les meilleures variétés de fruits et de plantes potagères se répandent partout. C’est cette culture qui rapporte le plus , qui contribue le plus au bien-être des familles et à l’entretien de la santé. Aussi les grandes villes ont-elles généralement à leurs portes toute une population horticole qui remue et féconde la terre pour alimenter leurs marchés de légumes et de fruits d’élite. » De nombreuses photos attestent alors du marché sur l’eau si original que des poètes comme Edouard David met en vers ce merveilleux endroit.

Les barques étang de clermont

Les guinguettes, et autres bachots pour la pêche et la balade

Les hortillonnes à la vente

Mannes et hortillonnes au marché sur l’eau

Ainsi en 1906, on estime la surface des hortillonnages à 500 hectares pour 950 hortillons issus de 200 familles. Les Tourbiers ne sont pas en reste : en 1902 on dénombré 234 tourbières particulières et 39 communales dans la Somme, les Hortillonnages compris bien sûr.C’est ainsi que même lorsque Amiens subit les affres de la bataille de la Somme, les hortillonnes continuent le travail de leur mari malgré les 1500 maisons construites dans l’agglomération en 1916.Mais ce n’est pas la guerre qui eut raison de nos courageux maraîchers mais bien la Civilisation Mécanique de M.Coulon ancien journaliste du Courrier Picard

Du déclin des hortillons à la transformation du site

 

Le marché sur l'eau en 1969

Les barques sont remplacés par des camionnettes (1962)

C’est bien entre deux guerres que les générations n’ont pas repris le travail de leurs aïeux.On peut dire que la principale raison a surtout été l’apparition de transports rapides comme la « Renault Z.F. », 130cv, capable de relier Perpignan, les halles en 24 heures, qui ont permis l’approvisionnement des légumes de Bretagne, du Midi et des Pays Bas avant que les produits eux-mêmes parviennent à maturité en Picardie. Les Hortillons pour faire face aurait pu mécaniser également mais les petites surfaces des aires interdits une exploitation intense. Ainsi, ce sont les grossistes qui s’emparèrent peu à peu du marché. C’est également l’absence de protectorat économique des primeurs étrangers qui rentre en jeu

Les dernières familles dans les années 60 (Grare, Despre, Lesaint, Vermeulen)

Quelques familles dans les années 60 (Grare, Despre, Lesaint, Vermeulen)

Mais ce n’est pas la seule, des opportunités de carrière sont nettement plus lucratives que de travailler à deux de 14 à 18heures par jour en haute saison pour un salaire de misère. On préférait ainsi travailler à la SNCF toute proche. Et c’est aussi les femmes avec leurs émancipations qui se marient hors de leur milieu, les gens abandonnent leurs bateaux, n’étant plus prête à s’user à la tâche.

Et puis, il faut bien le dire l’individualisme et le renferment des hortillons ont fait que la création d’une coopérative a été impossible comme l’illustre plusieurs tentatives avortées entre 1937 et 1938. Elle aurait été bienvenu pour faire face aux légumes de piètre qualité mais bon marché.

La piscine de l'île aux fagots

L’île aux fagots l’ancienne piscine avec sa destruction

Les joies de la pêche

Les joies de la pêche et du jardinage

C’est dans ces conditions que les hortillons passent de 950 à plus que 110 en 1960, à 20 en 1976. Le marché sur l’eau s’étend considérablement réduit , encombrés par un rassemblement de camions des environs et d’ailleurs. Dès lors, les anneaux place Parmentier qui amarraient les barques à cornets deviennent inutiles : le fourgon les a remplacé.

Cette coupe franche modifie le site en profondeur qui se transforme en jardins d’agréments et de jolies cabanons ( et autres constructions sauvages), en friches mais aussi en parcelles boisées. La beauté n’est pas perdue pour le visiteur car les fleurs remplacent les légumes. La détente, la pêche et la chasse ravissent les riverains et c’est dans ce petit paradis à coté de la métropole que les familles s’amusent même si l’envasement des voies navigables, « ces rieux » s’accélèrent et parviennent par endroits problématiques.

 

 

 

Renouveau du site , embrouilles associatifs et  tourisme de masse

 

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Vue complète du site en 1973

Raymond Gout

Raymond Goût

Mais parlons du tout début, de personnes qui entretenait l’ensemble des rieux en toute discrétion, nous voulons parler d’un hortillon, d’un vrai de la Neuville, M.Raymond Goût qui président de l’ »Association syndicale pour le Curage et le Faucardement des canaux d’hortillonnage en amont Amiens » datant de loi 1902, soutenu par la préfecture qui a sauvé, lui et son équipe les rieux de l’envasement « Bien sûr comme il le disait si bien , il fallait bien tenir compte de la différence du niveau des eaux et de la ponte des poissons ». Donc déjà à cette époque on s’occupait du site avec de faibles moyens.

En outre, on parle beaucoup du regretté Nissim Pelossof alias « Nisso » dont la plaque est présente à l’entrée de la Maison des Hortillonnages, mais le sauvetage du site n’a pas été l’œuvre d’un audacieux et verbeux grecque mais bien l’initiative concertée des 15 élus picards des 3 communes emblématiques du site que sont Amiens, Rivery, Camon. Ceux-ci l’ont sauvé du bétonnement massif d’un projet de parc de loisir « Luna park » sorti de cerveaux dérangés de quelques technocrates. C’était en 1973. Le Site devient d’ailleurs classé un an avant à titre de « monument naturel à caractère pittoresque », le 4 avril 1972 et C’est bien grâce à ce « Syndicat Intercommunal pour l’Aménagement et la Sauvegarde des Hortillonnages » , beaucoup plus discret décidant annuellement des infrastructures en devenir et au pouvoir financier conséquent que le site a véritablement évolué.

Vu les moyens de cette organisation qui transformeront le site en profondeur, on peut vraiment s’interroger pourquoi on avait besoin de la création un autre organisme, d’une « association » qui remplisse exactement les mêmes missions. De même pourquoi ne pas avoir intégré l’association de1902 de M.Raymond Goût au Syndicat d’Initiative car le véritable Mr Hortillonnages c’était bien lui et son équipe qui entretenait déjà le site à l’époque.L’individualisme mâtiné d’un soupçon d’imbécilité du lieu aurait elle contaminé certains, chacun souhaitant faire à sa manière du militantisme écologique. Bref vous l’avez compris d’un point de vue humain, les Hortillonnages deviennent aussi complexe qu’un labyrinthe de rieux.

Plan de la rocade

Le tracé initial de la rocade en 1974

 

C’est ainsi qu’en 1975, le célèbre Nisso crée une « association de protection pour la Sauvegarde du Site et de l’Environnement des Hortillonnages » avec plusieurs personnes tel que Rosita boucher, Yves Delair ou M. Buy et surtout Gérard Devaux, architecte pour faire face cette fois-ci à un projet de rocade qui aurait dénaturé une bonne partie du site, voir le tracé. Cette engagement servant à l’origine à sauver du bétonnage sa propre parcelle, plusieurs propriétaires étant dans la même situation.

Propriétaire d’un studio photo du côté du quartier Saint Maurice, ayant photographié une bonne partie des familles du coin, engagé et sympathique, Nisso plaît, les propriétaires du site approuvent et les membres affluent. En 1976 c’est une victoire: la Rocade reliant de boulevard Beauvillé à la départementale n°1 ne passera pas sur les chers jardins. Mais l’ambition de notre communicatif photographe ne s’arrêtera pas là…

Les premiers tours en barque en 1979

Les premiers tours en barque en 1979

C’est ainsi qu’en 1976, l’office du tourisme prévoit déjà le financement de deux barques, un embarcadère au port d’amont était envisagée à l’époque. On crée des parcours fléchés. Et on recense 130 propriétaires sur 365 adhérents. En 1977, une drague est alors disponible pour l’entretien des rieux tandis on tire à 10000 exemplaires la carte des Hortillonnages avec le nom des Rieux

De son côté entre 1978 à 1980, le Syndicat Intercommunal impose sa marque avec la réfection du port à fumier qui assura la sécurité des usagers et de la saison maraîchère elle-même, de l’ancienne piscine l’île aux Fagots pour la Découverte de l’environnement avec la construction d’un bâtiment neuf   et l’acquisition et le curage de l’Etang de Clermont pour son risque de ventes à différents propriétaires.

 

Les barques à l'aller

sur le Courrier Picard, l’arrivée des 3 barques à l’écluse de Montières

En 1982 dans la même zone, c’est l’aménagement du Pré du Gouverneur qui est pris en compte.Concernant l’Association de Sauvegarde de Nisso Pelosof, depuis sa création on dénombre déjà près de 16000 personnes qui ont découvert le site. Elle intervient volontiers dans les conflits de voisinage et ses membres s’élèvent à 600.C’est à cette époque que 3 barques furent remontées via les écluses pour permettre ce boom touristique.

 

En 1983 c’est au tour du bâtiment du Club Nautique de Rivery qui permettra de mettre en joie les kayakistes financé à 85% par Amiens via le Syndicat Intercommunal

 

En 1984, c’est une « grande avancée » , un Plan d’Occupation des Sols est adopté. Ce document regroupera toutes les recommandations et réglementations applicables, surtout quand à la construction. Le SI s’efforcera de faire appliquer ses mesures mais la réalité sera toute autre comme l’avoueront MM .Pelosof et Devaux lors d’une A.G. en 1996: « Les communes ont voulu garder la maîtrise du Plan d’Occupation des Sols (P.O.S.) sur le territoire du site. C’est donc au maire qu’il appartient de le faire appliquer et d’empêcher les constructions anarchiques ».Seul problème et non des moindres lorsqu’un propriétaire veut construire là ou c’est interdit par le P.O.S., le maire est souvent embarrassé de lui interdire, surtout s’il s’agit de l’un de ses électeurs ou amis. » Tout est dit alors iln’est pas étonnant que certains ce sont vus interdire l’électricité alors que d’autres ont fait leur résidence secondaire dans le site.

construction dela maison des hortillonnages

la construction de la Maison des Hortillonnages en 1985

En 1985, l’Association de sauvegarde compte 5 bateaux à cornets, une barque flottante hydraulique, une barde de 10 m et une installation d’accueil et portuaire pour que 2 ans plus tard, la Maison des Hortillonnages apparaisse au 54 boulevard beauvillé. Financé en grande partie par des aides et des subventions, c’est l’accueil, et l’emploi des bateliers qui sont mis en avant.

 

De son côté, en 1988 le Syndicat intercommunal rénove le port de la Neuville pour faire peau neuve (le second port sera fait en 1993). En 1989 c’est au tour de la rénovation du chemin de halage qui longe la Somme.

 

bloquage barque hortillonnages Fin de l'été 1990

La dissidence des propriétaires du site et la naissance d’ SOS Hortillonnages

Mais c’est 1990 que rien ne va plus, une dissidence parmi les membres du bureau survient , sa trésorière de puis 10 ans Jacqueline Gry démissionne.S’ensuivent des mois de violence verbale. Des batailles navales mèneront même un homme « à l’eau » suite à un blocage de rieu par la création d’une association rivale de Mme Gry « S.O.S. Hortillonnages » avec plus de 200 adhérents et très majoritairement propriétaires. Ceux-ci s’insurgent à juste raison contre le nombre de touristes qui détruisent leurs tranquillités et les mensonges de Nisso qui avait promis de limiter à 13000 aujourd’hui à plus de 45000 voir plus. Elle dénonce également à juste titre que «  les touristes paient « un droit de passage » à l’association de sauvegarde pour se promener sur des rieux curés grâce à l’argent des propriétaires , par l’entremise de l’association syndicale dirigée par Raymond Goût ».Et l’association de Raymond Goût souligne très bien que pour sa part le travail est effectué depuis plus de 40 ans alors que Nisso n’est présent que depuis 15 ans. Comme le souligne très bien celui-ci « Puisqu’une taxe est prélevée chez les usagers afin de pouvoir au curage des canaux, taxons les touristes, usagers temporaires, mais usagers quand même, pense Raymond Goût ; cet argent me servira à augmenter mon équipement et don à améliorer mon travail ». Et l’association de décréter unilatéralement la levée d’une taxe d’un franc par touriste et 5000F par bateau,  décision qui ne soulève pas de question à la préfecture, organisme de tutelle de l’association de Raymong Goût. Dans son livre Nisso « déclare que cela faisait une somme d’environ 100 000F, somme que nous pouvions évideamment pas payer ». Vu les énormes subventions des organismes publiques, il faut plutôt être bien crédule pour croire de tel écrit d’autant plus que ce montant a été fixée par son ex-trésorière Madame Gry, qui elle connaissait très bien les comptes.

« Pas question de taxer les touristes, réplique M.Pelosof. C’est un diktat ! ». C’est ainsi que pendant 4 ans, l’association de Nisso refusa de payer les taxes et surtaxes et dût subir de nombreuses enquêtes et un contrôle fiscal.C’est donc au tribunal administratif que la situation est tranché en faveur de l’association de Nisso pour raison d’utilité publique mais c’est au conseil d’état que l’affaire s’en suivra.D’un point de vue neutre, on peut véritablement s’interroger sur le bien fondé d’un tel jugement, la ville d’Amiens aurait-elle mis son grain de sel , c’est juste une hypothèse. Le Syndicat Intercommunal se dit alors au-dessus de la mêlée mais ajoute bien que « si une association se met à vous à vouloir occuper tout le terrain rien ne va plus ».C’est dans cette ambiance idyllique que  4 associations défendent à leur manière la protection du site. Tous les ingrédients pour une bonne comédie y sont présent.

Charte

10 mois de négociations ! pour une charte

Syndicat intercommunal

Albert Bécard, président du syndicat intercommunal à la remise du label mais doublé par Nisso

C’est dans ce contexte de « récupération du site » par notre cher Nisso et de tensions grandissantes qu’il fut nécessaire de définir les rôles de chacun , qu’on fasse la paix et qu’on définisse une charte. C’est ainsi qu en 1992, le Syndicat Intercommunal monte entièrement un dossier de candidature en vu d’une labellisation « Paysages de reconquête » et reste discret pour ne pas se mettre en valeur. Mais notre impénitent Nisso double celui-ci, se rendant en personne voir la ministre de l’environnement de l’époque Ségolène Royal « J’ai été invité par le cabinet de Mme Ségolène Royal. Je me suis rendu à Paris parce que je ne pensais que c’était une bonne chose pour le site. Je ne fais pas çà pour moi… ».Le propos en fera sourire plus d’un. Tous ceux en particulier qui estiment que l’Association de sauvegarde n’a décidément pas son pareil pour récupérer le travail des autres. Toute ceci pour une labellisation juteuse pour une course aux subventions provenant de l’Etat, de l’Europe, qui ne viendront malheureusement pas … On vous laisse imaginer comment ce que chacun pense de cette charte

 

La barque électrique

L’essai du premier moteur électrique

Quoi qu’il en soit l’association de sauvegarde augmente toujours et encore son nombre de visiteurs et en 1992 ( se dotant d’ailleurs de moteurs électriques de 800W), que le Syndicat intercommunal  marque un point en organisant le ramassage mensuel des encombrants sur les 3 communes. Par endroits, les hortillonnages ressembleront ainsi moins à une décharge.

Concernant le maraîchage là ou l’Association de Sauvegarde ne fait que parler des hortillons, le SI les aide financièrement en leur proposant des terrains en 1994 et monte un petit marché sur Camon grâce à son président et Maire M. Bécard

 

 

 

A partir d’ici nous n’avons que retracer les évènements majeurs de ces dernières années

inondation

Les aires sous les eaux. Certaines espèces ont malheureusement péri.

C’est en 2001 que la Somme à fait des siennes ou près de 60 communes, surtout du côté de la région d’Abbeville, très médiatisée alors. Mais les hortillonnages n’ont pas été en reste comme à Camon ou 103 maisons ont été évacuées. Les maraîchers ont aussi fait grise mine cette année – là, certains souhaitant même changer d’activité. Suite à cette catastrophe naturelle, un réaménagement complet de la Somme a été mis en place.

 

 

incendie

Un article du C.P. suite à la reprise des travaux

En février 2006, un incendie criminelle brûle une grosse partie de la Maison des Hortillonnages (rien n’arrive pas hasard, il n’y a jamais de fumée dans feu) mais c’est grâce à l’argent des assurance, le soutien de la ville, et des entreprises respectant leurs engagements que malgré tout, comme chaque année les touristes ont pu au 1er Avril faire leur tours en barque.

 

 

 

 

toboggan

D’une grande harmonie

C’est en 2010, que l’Art fait son entrée dans les Hortillonnages avec le festival Arts, Villes et Paysages. C’est à Camon , que la majorité des oeuvres d’artistes plasticiens investit les ilôts contribuant dès lors à l’augmentation tourisitique du site. D’oeuvres remarquables à trash ( on se souvient le toboggan en ruine du côté de l’île aux fagots, des styles de toute nationalité sont présentes.

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