Témoignages d’Hortillons

 

                    Etre ou devenir Hortillon au XXIème siècle est un choix de vie difficile mais c’est bien l’amour du métier, qui poussent les 7 irréductibles à poursuivre le travail des anciens. Il est d’autant plus difficile d’obtenir leurs témoignages car les longues heures et les déplacements sur les différents marchés sont fréquents. Malgré tout certains y parviennent avec brio tel George Dimitri Salameh, cet étudiant en master de recherche « Théories et démarches du projet de paysage » qui a pu saisir la problématique de la culture maraîchère dans les hortillonnages, en s improvisant apprenti hortillon. Voici donc des extraits, des commentaires à chaud et des défis quotidiens qu’ils rencontrent dans ce document fort instructif.

 

Du problème d’une main d’œuvre formée et compétitive

 

Les hortillons ont donc besoin d’aide. Cependant, un des soucis récurent dont ils m’ont fait part est que cette main d’oeuvre doit souvent être formée afin d’être compétitive, sinon,comme ils disent : « c’est mort », « c’est pas la peine ». Par exemple, ils m’expliquent que « les jeunes d’aujourd’hui sont mous, qu’ils ne sont pas persévérants », ils commencent la première heure de travail « correctement et encore » pour s’essouffler après, ne produisant presque plus rien. Souvent « ils ne tiennent pas deux jours », « c’est trop intense pour eux, ils n’ont pas l’habitude ». Il est vrai que le travail de maraîcher est épuisant : de par sa nature répétitive et du fait des postures peu ergonomiques qu’il impose. Il faut très vite apprendre les gestes qui « sauvent ».

J’apprends, comme on verra ultérieurement, que « la salade doit danser au vent », que les godets à repiquer, doivent séjourner dans l’eau (de quelques heures à quelques jours) le temps que les têtes des racines apparaissent, leurs permettant ainsi de s’établir bien plus facilement une fois transplantés dans le sol (et donc de gagner du temps). De plus, le système de culture des hortillonnages est rythmé par une pousse rapide( la fertilité procure jusqu’à 3 récoltes annuelles) et fait appel à un calendrier de plantation adapté, visant à apporter sur le marché, aux moments judicieux, des légumes primeurs de haute qualité, garantissant d’importants bénéfices.

À ce titre, lors d’une « raflée » de travail « dans les oignons » et alors que nous les ramassions, l’hortillon me jeta un coup d’oeil rapide, décelant immédiatement mon ignorance technique pour cette récolte et m’apprit sur-le-champ les 3 points à respecter :

  1. Choisir et arracher les beaux (gros) oignons d’une main et les tenir de l’autre
  2. Quand la poignée est pleine, bien nettoyer (enlever la terre et les parties abîmées)
  3. Bien aligner puis ligoter serré. En mettre 12, tête-bêche, par cagettes pour le lavage

Ce cours improvisé, me permit de ressentir instantanément une hausse de monrendement et de la qualité de mes bottes.

 

C’est cette qualité qui fait la fierté de l’hortillon

(Fig. 19). C’est donc au travers de ces petits cours improvisés que j’ai réalisé l’importance de chacune de ces « astuces » qui optimisent le système de production. On aborde aussi, dans les champs, la question des variétés plantées, choisies en fonction de leur adaptation au milieu spécifique des hortillonnages, de leur qualité et finalement de leur prix de vente sur le marché.

Ainsi Tchot Daniel et son frère Tchot Bernard Parmentier m’expliquèrent la difficulté detrouver de la main d’oeuvre rentable. Un ouvrier qui ramasse 90 bottes de radis par heure lui fait perdre de l’argent, il lui faut en faire un minimum de 120/h pour générer un profit. Cet exemple paraît anodin, mais exprime bien la dureté du labeur et pourquoi l’hortillon se retrouve souvent seul à assurer tout le système de production. De plus, cet exemple démontre une démarche de positionnement agro-économique visant à s’inscrire au mieux dans le système agraire.»

De la pérennité des techniques et des nouveautés 

 

 – Tchot Francis, pourquoi tes plantules de salade sont mal repiquées?

« Non, c’est pas mal repiqué, c’est comme ça. Ils disent [probablement les ancêtres] que la salade doit danser au vent… ça la rend plus résistante et moins de chances qu’elle

pourrisse au pied. »

Puis il m’explique dans sa démarche vitale de faire des gains, comment il évite le travail inutile :

« Pour revenir aux salades, donc l’année dernière on a biné les salades 7 fois, quand on les vends à 28 centimes vous pouvez regarder ce qui reste, faut rentabiliser. Alors moi

maintenant j’utilise ces bâches noires comme ça, ça évite toutes les mauvaises herbes. Et oui, dessus, ça c’est le P17, ça donne 3-4 degrés de différence de température de

chaleur, voilà.

– Et ça tient longtemps ? Le P17, ça dépend. Si on y fait attention a ce que l’on prend, moi avant je prenais des 15m de large, mais voilà ce que ça va faire : Clac ! [il

me montre comment le voile cède facilement] donc maintenant on revient beaucoup avec du 4m de large. Comme ça il n’y a pas de prise au vent, c’est plus facile à installer ».

 

Son frère, Bernard Parmentier, m’explique comment les techniques de plantation ont évoluées :

« Aujourd’hui comme il a fallu s’adapter, on ne sème plus. Les plants, on les fait venir. [Ça fait une différence ça ?] Raff ! Énormément ! C’est-à-dire qu’aujourd’hui forcément on n’a

pas la vente, alors on est obligé de s’adapter mais par contre si demain on me dit « tu replantes ça tes salades en racines nues, il y a pas de problèmes, on sait très bien ce que

ça fait en racines nues. »

– C’est quoi « en racines nues » ?

« Il y a pas de godet au bout. Aujourd’hui on plante la petite salade avec le godet. La vraie méthode c’est de planter une salade en racines nues. Et elles viennent de graines qu’on avait gardées de la saison précédente, des graines adaptées, et semées dans un châssis. Alors là il y a la façon de repiquer. Et puis après c’est quand c’est le binage que vous voyez que vous avez travaillé. Parce que la salade petite comme ça, vous lui donnez un coup de binage, on le disait dans le temps : « Un coup de binage vaut trois coups d’arrosage et là la salade ! Rien que le coup de binette bien donné au pied, le lendemain on a vu le résultat.

– Qu’est ce qu’il fait ce coup de binette en fait ?

« Il aère les racines, c’est ce qui fait que la salade elle se sent revivre ».

 

En découvrant les aires de Daniel Parmentier, je fut surpris d’y trouver des rangs d’arbres fruitiers (Fig. 37), gros consommateurs de surface. Voila l’explication démontrant

leur utilité et intégration dans le système de production :

En m’indiquant le gros prunier « Je cultive avec des arbres fruitiers entre deux cultures, j’ai ça, ça retient, dans des bocaux pièges, tous les papillons qui nous mettent l’aleurode.

Avec ça j’attrape tout. J’en ai une vingtaine ».

Puis, il enchaîne sur cette nuance : « J’ai quatre variétés de poires, elles sont toutes bonnes. Ici c’est des terres à poires. Par contre les pommes c’est plus fragile » Après, on arrive devant plusieurs lignes de persil, en se penchant et en touchant les feuilles il m’explique :« Le persil, je fais deux coupes seulement. Après il n’est plus frisé…Il n’a plus une belle gueule…Il ne se vend pas ». Un paramètre toujours en tête : la mise en valeur du produit pour le vendre à bon prix. Mais tout ces gestes et remarques demandent énormément de temps et de travail.

De l’amour du métier

 

« Moi, j’avais 16 ans, j’ai connu mon père aller biner des betteraves à sucre. Les gens salariés allaient chez les cultivateurs, ils avaient une binette. Ils allaient biner des hectares

de betteraves rouges, il n’y avait pas de désherbant et tout ça. Les gens vivaient bien, il y avait des rentrées ». Mettant en avant le double emploi de beaucoup de gens. Après leur

travail, les membres de la famille, même des amis, allaient travailler sur les aires.

Puis il m’explique comment les hortillons qui vendaient surtout sur les marchés se sont adaptés à l’environnement économique : « Après il y eu la Coop « la ruche » qui achetait

un petit peu.

– Et maintenant il y a plus de Coop ?

« Non, ça a été racheté par Auchan. »

– C’est pour ça que Auchan continue de vous acheter pas mal de légumes ?

« C’était le début des grandes surfaces, et au lieu d’aller chercher des légumes dans le

Nord, dans le Pas de Calais…Il prenait des légumes locaux. Puis ils ont commencé à pressuriser les gus pour les faire pisser pour une salade à 5 centimes de Franc… et puis

certains étaient contents parce qu’ils vendaient, ils avaient commencé à évoluer un peu, autrement ils ne vendaient pas. Et puis la main d’oeuvre elle coûtait à cette époque-là pas

grand chose. Ça allait. Et puis les grandes surfaces, elles ont pris le dessus, alors les gars ils ont tous arrêté, c’était fini, il fallait arrêter les frais ».

– Mais tchot Daniel, pourquoi est-ce que toi tu continues alors ?

« Parce que je suis un fou, tout ceux qui sont encore là, c’est des fous. Heureusement que je ne fais pas qu’Auchan, que je fais le marché de détail, tout ça. Parce que j’aime

bien mon travail c’est tout, c’est mon métier moi ».

– En 1998 quand ça a commencé, il y avait combien d’hortillons ?

« Il en restait déjà plus que 7. Le gars qui est arrivé chez Leclerc, c’est un patron, hein ! Il est franchisé pour travailler avec les produits locaux. On lui donne 3%. Alors 3% sur un

smic, tous les jours, ça fait un ouvrier de payé alors tu ne les intéresses plus. Et tous les gars qui travaillent avec les centrales d’achat , il sont en train de se faire étriller la gorge.

Tout est calibré. 1 melon par exemple ça doit faire 1 kilo ! et tout le reste part à la benne ».

– Et donc mis à part les « tcho légumes », comment vous adaptez-vous à ce marché de grande surface ?

« Auchan c’est un détaillant. Il prend volontiers le primeur, ça sauve… »

– Et comment estce que le primeur te sauve ?

« Le primeur, c’est du petit donc c’est de la qualité. Tout ce qui est bottelé, persil, carotte, navets, radis, c’est du primeur, ça se vend bien quoi. »

– Et toi Tchot Daniel comment tu as appris tout ça ?

« Moi je l’ai appris sur le terrain quand j’étais petit avec mon père, et puis j’aimais ça… »

Par la suite, en remarquant qu’il utilisait souvent un « cahier des charges », je voulus comprendre si c’était toujours comme ça…

Et tes ancêtres il n’avait pas ce système de cahier des charges ?

« Dans les années 70 tout était vendu local. On travaillait avec Continent, tu pouvais semer 1 hectare de radis, sans les commander, tu les vendais, parce que on achetait

local ». Alors qu’aujourd’hui, les hortillons ne sèment plus « à l’hectare ». Ils savent exactement combien de plantules en godets commander, et échelonnent leur mise en

terre de façon à répondre graduellement à la demande. C’est d’ailleurs pour cela que beaucoup de barquettes sont disposées au sol, attendant d’être transportées vers le

champs.

Ce qui les a sauvé

Daniel Parmentier

 – Moi ce qui m’intéresse de savoir un peu, c’est quels sont ces savoir-faire qu’on vous a transmis et qui permettent de vous adapter à un marché, par exemple il y a le label de

qualité « Les ‘tcho légumes »(1) ça, ça vous aide à écouler la marchandise, en vendant la qualité, n’est-ce-pas ?

« Oui, heureusement qu’il y a ça. »

– Et derrière ces ‘tcho légumes » peux-tu me décrire comment ça s’est passé ?

« Avant il n’y avait rien c’était comme on le dit vulgairement : chacun pour sa gueule.Chacun se démerdait et on rentrait sans se voir en grande surface. Si tu pouvais baiser un

copain… Et malheureusement des copains il n’y en avait pas de trop. Ah ouai, jte le dis, si il y avait pas eu la marque, on ne serait plus là… »

– Et comment ça s’est passé ? Qui a eu l’idée de faire ces « tcho légumes » ? C’était en quelle année ?

« C’était l’ancien maire de Camon parce que ses parents et grands-parents étaient maraîchers. Il a vu comment c’était, alors il a créé la marque, il a voulu faire un côté

folklore, lui c’était un commercial… C’était en 1998 ».

Bernard Parmentier

Suite à son explication des inondations qui ont saccagées ses cultures, et sans avoir reçu d’aides, il continue par l’explication des choix qu’il a fait :

– C’était en quelle année ? et comment vous avez réagi à cette difficulté ?

« Oh c’était en 2001 parce qu’on a eu TF1 qui est passé toute une matinée parce qu’on avait l’eau de remontée, elle était déjà bien remontée on a eu peur que ça recommence.

Alors si ça avait recommencé, on aurait arrêté le bilan, c’était plus la peine

– Et comment vous êtes-vous adaptés alors ?

« Nous ce qu’on a fait c’est qu’on est reparti à vendre au détail, sur les marchés tout ça. Bon ben on a la ferme, alors on a refait une formation, ma femme entre temps elle a perdu son boulot aussi, donc tout ça, ça s’estgreffé. Alors on s’est dit on va faire une formation, on va faire de la pédagogie… et on estreparti tout doucement, mais ça prend des années ».

– Et donc c’est quoi cette idée que vous avez eue ?

« On a eu l’idée de recevoir des enfants, ça refera connaître le site, ça refera connaître de manger des légumes et où ça pousse… »

– Et vous vendez au marché, en direct ?

« Oui voilà, on vend tout en détail. »

– Et le label vous vous en passez ?

« Le label on s’en sert pas parce que moi j’avais arrêté de m’en servir parce que il y a un chantage qui se fait derrière, c’est que si vous n’adhérez pas au « ‘tcho légumes »…Vous

avez une cotisation à payer donc vous savez quand vous êtes dans des années difficiles, bon ben tout ce que vous pouvez gratter vous le grattez. Donc moi les caisses (les

caisses distinctives vert fluo et bleues) j’ai dit bon ben en va s’en passer.

– C’est combien la cotisation pour être « ‘tcho légumes » ?

« C’est annuel, c’est 80€, bon ben nous on les avait plus, on essayait de gratter tout, partout, on a préféré acheter 80€ de graines que de payer une cotisation. Moi à Auchan

j’ai arrêté de livrer tout ça, alors je vais payer une cotisation pour quoi faire ? Autant que je vende mes produits. C’est ma fille qui vend ».

 

De l’impossibilité de la mécanisation à  la nécessité de la subvention

 

Content de son tour avec moi dans ses cultures, tchot Daniel regrette une chose et me confie :

« Maintenant les maraîchers ne sont plus courageux. »

Il m’explique que les « nouveaux » veulent de la facilité, des machines : « Alors en parlant de culture, attention, c’est un légume qu’ils font. Le poireau parce que c’est mécanisé, la

carotte parce que c’est mécanisé. Par contre des choux, de moins en moins parce que c’est mécanisé pour les planter mais après faut les rentrer à la main. Il y a de moins en

moins qui en font ».Les machines existent pour beaucoup de légumes, il m’explique que c’est en nombre de rangs qu’elles progressent. « Avant c’était des 3 rangs, aujourd’hui ils sont rendus à 6,même 8 ! ». Mais certains légumes, surtout en primeurs, ne doivent être récoltés qu’à la main, toujours avec un soucis de qualité et de cadence : « Pour les radis, il faut faire 120 bottes à l’heure. Toi si tu vas t’y mettre tu vas m’en faire trente et je vais te dire non arrêtes, la porte elle est ouverte là bas, tu peux la prendre tout de suite. Parce que moi j’ai perdu de l’argent comme ça. On n’a plus personne dans ces métiers là.

-Et toi t’arrive à faire combien de bottes ?

« J’ai 120 bottes à l’heure.

– Pas plus ?

 » Si j’en fais plus quand même parce que j’ai l’habitude.

-Attachées ?

« Ah ouai ouai ouai, élastique ».

– deux bottes par minute quoi…

Voilà. Hier j’ai fait 140 bottes

– en une heure ?… Il incline la tête en cachant sa fierté »

Pour Bernard Parmentier il faut aussi compter sur des subventions pour dynamiser ce renouveau :

– Quand vous dites que c’est là haut que ça se décide, qu’est ce que vous pensez qu’il faut faire, à votre avis pour les jeunes, pour que des hortillons reviennent ?

« Faire reconnaître qu’un produit des hortillonnages c’est quelque chose qui prend du temps. Qui est fait tout à la main. Ça n’sera jamais mécanisable. Il y a du temps à passer

autour donc faudrait être rémunéré en conséquence. On n’est pas subventionné, il y a rien du tout. En zone difficile, les agriculteurs en montagne par exemple, bon maintenant ils

font du tourisme pour les aider mais avant ils avaient des subventions. Nous on a jamais rien eu. Alors il y a une paire d’année, ça allait ‘core… Mais même en grande surface, on a

eu les ‘tcho légumes, ont les vendaient au même prix et la vie continuait d’augmenter. Et les prix ne s’adaptent pas.(…) Moi déjà j’ai eu de la casse avec les inondations, j’avais

planté pour les ‘tcho légumes, j’ai tout perdu, et puis on m’a volé et puis je suis reparti dans un autre champs, il y eu les lapins… donc j’ai été une année à rien faire du tout, elle

a été massacrée ».

-Et donc pour vos enfants, vous leur dites de faire ce qu’ils veulent…

« Oui, quand on voit déjà les prix qui ne sont pas derrière et quand on voit l’évolution des machines vous ne pouvez pas, ils sont arrivés à 6 ou 7 rangs (le nombre de rangs que

peu travailler une machine en un passage) pour arracher des carottes ! Au lieu de trois. Quand on a fait « ‘tcho légumes » ils étaient encore à 2 ou 3 rangs. Donc fallait deux

chauffeurs tracteur, deux chauffeurs machines et après des gens pour préparer les produits, les navets tout ça. Alors qu’aujourd’hui ils partent à deux le matin et puis l’après

midi, ils lavent. C’est-à-dire qu’ils ont supprimé 6 ou 7 mains d’oeuvre. Donc ils peuvent toujours vendre au prix bas pour eux puisqu’ils éliminent tout autour tout ce qui ne va pas.

Tandis que nous on ne pourrait pas tout ça. Eux pendant qu’ils vont sortir 500 tonnes de carottes, nous on n’en aura fait 5 kgs. Le truc il est là. Et nous on n’est pas reconnu… »

Pour Bernard Parmentier, l’autre paramètre qui menace régulièrement le système de production des hortillonnages est l’aléa climatique. En effet, lors des inondations de 2001

(Fig. ), il a perdu toute sa production :

– Donc vous avez subi un coup dur et « Les ‘tcho légumes » n’a pas du tout aidé ?

« Non…, mais nous en fin d’année on a eu quelqu’un qui a vu qu’il y avait encore une cagnotte pour les inondés quoi et nous comme on était vraiment… Toute façon, on devait

arrêter. C’était simple, si il y avait pas eu de petites aides pour payer les fournisseurs, on arrêtait. C’était clair et net , c’était terminé pour nous, on avait plus les moyens de repartir.

C’était parce qu’à Amiens métropole il en restait un petit peu et qu’ils nous ont un peu aidé. Et puis remonté un peu le moral parce qu’on est passé à toutes les portes, malgré

qu’on était à sec, il n’y avait pas d’aide ».

De la nécessité d’un véritable apprentissage

 

C’est lors d’une journée passée à travailler avec tchot Daniel et tchot Mathieu (son neveu) que j’eus le plaisir d’apprendre que Mathieu allait bientôt quitter l’entreprise horticole dans laquelle il travaillait, pour s’installer comme hortillon. Juste avant d ‘apprendre cette nouvelle, je lui demandais :

– Tchot Mathieu, c’est quoi qui te manque pour reprendre le flambeau à ton avis ?

« La connaissance en fait. Quand est-ce qu’il faut planter, tout ça. Toute l’organisation qu’il y a… »

– Matthieu, je sais que tu travailles pour quelqu’un mais est ce que tu as la fibre pour reprendre une exploitation comme celle de ton oncle ? Est-ce que tu sens que t’as ça en

toi ?

« Oui, je pourrais reprendre mais pour l’instant j’ai encore besoin d’apprendre ».

C’est donc un apprentissage de plusieurs années qu’il acquiert dans le champs, aux côtés de son oncle, en plus de son métier, comme les anciens. En ce jour ; il franchit le pas

d’avoir ses propres terres. Dans son attitude, c’est son humilité qui me marqua le plus.

Du problème de l’accès aux parcelles

 

Alain Cazier n’est pas hortillon de lignée, il était comptable et s’est reconverti dans le métier. Lors de notre entretient près du rieux et de sa barque lui permettant d’atteindre ses

aires (Fig. 38), c’est bien ce problème d’accès qu’il commence par m’expliquer :

– Comment vous imagineriez regrouper toutes ces terres pour en faire des terres plus grandes, bien que se soit toujours les hortillonnages ? Est-ce qu’à l’association des

hortillons vous avez déjà évoqué cette idée de regrouper des aires ensemble avec des pontons… avec intelligence pour optimiser ces surfaces de façon à ce que vous puissiez

avoir moins de problème ?

« En fait sur nos terres on peut, mais pas sur le domaine public. Ça doit être isolé par rapport à la voirie. Tout ce que je fais sur les 5 hectares des hortillonnages, je suis obligé

de le faire passer sur la barque. Et après je charge tout dans le camion depuis la voirie ».

– Et est-ce que vous avez déjà évoqué ce problème avec le maire ?

« En fait on n’a pas le droit de faire un pont entre le domaine privée et public. C’est interdit ».

 

« Alors eux Amiens métropole si ils n’ont pas d’argent (prétexte pour ne pas installer de ponts) et qu’ils nous laissent faire, nous on met trois ou quatre planches et puis on passe.

Mais bon ils ne veulent pas pour la beauté du site. Et faire quelque chose et le retirer quand on est passé, ils ne veulent pas non plus. Il faudrait absolument que tout le monde

ait un accès direct pour faire passer un matériel adéquate de travail pour 2013. Déjà, si le travail était plus plaisant, par des accès et tout, ça serait plus rentable et ça irait peut-être

mieux quand même… Parce que là, prendre les cageots du camion, les mettre dans une barque, les remettre sur la terre, mettre les légumes dedans, les remettre dans la barque

et puis les remettre dans le camion, décharger tout, c’est fini ça, c’est plus possible. Les jeunes veulent plus faire ça ».

– Et pourquoi tchot Daniel lui a un pont ?

« Parce que c’était Nisso qu’il l’a fait. Et c’était déjà existant depuis les serres de Boidin. Mais Nisso il avait des sous et puis il s’est démerdé pour avoir des subventions. Il a eu

des fonds par l’Union européenne ».
Merci encore à Georges, pour cet excellent document que vous pouvez télécharger ici Document de Master.Vous l’avez compris, être hortillon çà se mérite et ces acteurs Daniel, Bernard, Francis, Alain ont sûrement besoin d’être mieux mis en valeur et aider par la collectivité dans la réalité de leurs quotidien .Dépositaires d’un authentique savoir-faire, nous serions bien coupables de voir cette profession « accrochée » au musée des terroirs morts ! REAGISSONS !

Pour aller plus loin

 

Les hortillonnagesLes mémoires vivantes de Picardie ont également fourni un excellent témoignage des pratiques hortillonnes en document audio et texte.Pour le consulter cliquer sur cette image pour accéder à leur site

 

 

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